Catégorie : Voyage à bord de l’Express Côtier MS Vesteralen, Hurtigruten, Janvier 2016.

A bord de l’Express côtier. MS Vesterålen, janvier 2016. Vesterålen,Trondheim, Kristiansund, Bergen.

Du 02.02 au 03.02.

Retour à Trondheim.
Lever à 6h45. Enfin, pas tout le monde. Roxane a de plus en plus de mal à quitter la chaleur douillette de sa couchette. Nous partons prendre le petit déjeuner tous les deux en compagnie d’E. et Roxane nous rejoindra un peu plus tard.
Nous faisons nos adieux à E.. Je suis seul de nous trois à descendre à terre faire un petit tour dans les environs du port. Je ne m’éloigne pas trop ayant peur de m’égarer dans cette zone portuaire aux contours mal définis. Pour accentuer la désorientation, il fait nuit.
Il a neigé toute la nuit ce qui ne facilite pas les déplacements sur des trottoirs tout juste dégagés qui ne permettent qu’un lent déplacement.


Je fais un petit au revoir de la main à E. qui est dans le car qui part vers l’aéroport. Nous avons été très heureux de le rencontrer et de voyager avec lui. Nous avons passé d’agréables moment ensemble.
J’observe un moment le va et vient des camions et chargeurs autour du bateau.
Il s’agit véritablement d’un bateau de travail même si l’orientation croisière se fait bien sentir. Le côté bateau utilitaire n’est cependant pas du folklore et correspond exactement à ce que j’espérai. Ces bateaux assurent réellement un service tout le long de la côte ouest du pays. Mais pour combien de temps encore ?

Je rentre au bateau.
Nous montons sur le pont assister aux manœuvres de départ toujours intéressantes.

Le soleil, eh oui, se lève doucement sur ce paysage de neige.
A 11 heures nous assistons à une séance d’information en vue du débarquement final, demain à Bergen.
L’aventure touche déjà à sa fin et c’est bien dommage tant ce voyage s’est déroulé comme dans un rêve.
Nous prenons notre repas de midi à trois, une petite sieste s’ensuit et nous retournons à notre poste d’observation favori, sur le pont arrière.
Je me déplace ensuite sur l’avant du bateau, je suis seul, tranquille. L’étrave fend la mer et je me sens particulièrement bien, il fait beau et les paysages sont toujours aussi grandioses avec ce manteau neigeux d’un blanc absolu.


Maisons de bord de mer, phares, pêcheries et bourgades isolées s’égrènent de chaque côté des flancs du bateau.
Nous arrivons à Kristiansund que nous avions pu voir de nuit Roxane et moi. Non loin une plateforme pétrolière est arrimée près du rivage. Construction, réparation, exploitation ???
Nous allons chercher les tickets du bus qui doit demain nous conduire à l’aéroport.
Roxane en profite pour faire le checking. Toujours ça de fait car le délai entre l’arrivée du bateau à Bergen et l’embarquement dans l’avion est assez court.
Descente dans la cabine pour préparer les sacs à dos et la valise. Mieux vaut ne pas décrire la scène.
Nous prenons notre repas du soir en nous offrant deux bières et une eau gazeuse. La grande fête ! Nous sommes à notre table habituelle, la numéro 23.
Le menu se compose d’un consommé à l’agneau et au bœuf accompagné de petits légumes et de pain norvégien traditionnel. Suit du porc mariné à l’aquavit pour terminer avec une crème à l’orge et aux raisins imbibés de rhum. Pas mal, pas mal…
Le bateau qui tanguait depuis un bon moment s’est enfin résolu à une marche plus stable.
Le prochain arrêt se déroule à Molde. Nous assistons une dernière fois à un ballet bien réglé de charriots élévateurs. Pas de temps perdu pour emplir les soutes du navire avec les palettes rangées sur le quai.

Le dernier charriot sorti, le bateau s’éloigne sans tarder du port. La neige et la pluie mêlées choisissent ce moment pour s’abattre sur le pont.
Retraite prudente vers la cabine où nous allons passer notre dernière nuit à bord.

Dernier jour.
A Florø, le Vesterålen a une demie heure de retard. Ce qui nous inquiète un peu, notre avion n’attendra pas. Nous avons cependant toute la journée pour rattraper le temps perdu. Nous nous sommes levés à 7h45 et avons entrepris le rangement de la cabine. Nous nous sommes ensuite dirigés vers le restaurant, pris possession de « notre table » à l’avant du bateau et savouré notre dernier petit-déjeuner à bord.
Depuis plusieurs matins, je me suis mis au fromage norvégien, le Brunost, que je badigeonne de confiture de fruits rouges. Ai-je définitivement perdu la boule ?
Qui l’eut cru ! Finalement, c’est bon.
Comme quoi il faut dépasser ses préjugés. Ce matin, j’ai en plus sauté le pas et pris un petit-déjeuner local avec hareng mariné et autres poissons  à la norvégienne. Exotique mais agréable.
Nous redescendons terminer les bagages. Nous peinons à fermer la valise.
Ce matin, le navire bouge beaucoup et comme nous sommes à quatre pattes pour faire les bagages, nous commençons à ressentir une vague nausée. Après avoir vérifié que la cabine était bien vide, nous posons les bagages dans le couloir où l’équipage les prendra pour les mener à terre à Bergen.

Nous remontons dans le salon des Trolls à l’avant du bateau. Il fait beau et les paysages sont splendides et différents des autres jours. C’est une suite d’ilots, d’iles et de rochers à perte de vue. Le navire se fraye un chemin dans ce dédale d’écueils et de balises qui marquent d’étroits chenaux.


Certaines de ces iles isolées sont habitées. Parfois une seule maison se dessine sur l’horizon de ces frêles esquifs de pierre bas sur l’eau. D’autres fois plusieurs maisons se blottissent au creux d’une petite anse ou à quelque distance du rivage.
De quoi vivent ces habitants ? Quel est leur mode de vie en des endroits aussi isolés ?
Une très belle éminence rocheuse me fait penser à un cap loin de tout. Le navire fait route droit dessus pour s’en écarter au dernier moment.
Nous déjeunons à notre table fétiche, la 18, à l’avant du bateau. C’est à cet endroit que la vue est la meilleure.
Ce paysage marin fantastique, dans le sens qu’il parle à l’imaginaire. Ces iles me font penser au roman de Henning Mankell, « Profondeurs ». La même vie dure et fruste que celle qu’il décrit a dû s’y dérouler. Qu’en est-il aujourd’hui ?
En vue de Bergen, le temps se dégrade soudain. La pluie s’invite comme pour nous aider à moins regretter la fin du voyage. « Voyez comme il fait mauvais ici » semble-t-elle nous dire. La côte disparaît par moment dans une grisaille de pluie et de neige mêlées.

Le vent se met à souffler et l’averse bat les vitres avant du bateau. Nous croisons, qui l’eut cru, un sous-marin qui navigue en surface. Les côtes se couvrent de maisons. Pas de doute nous retournons à la civilisation.


Un navire Hurtigruten vient à notre rencontre, le Finnmarken, avant que notre navire ne manœuvre pour se mettre à quai à Bergen.

Notre bateau exécute une belle marche arrière pour se ranger le long du quai d’où nous sommes partis il y a…une éternité me semble t-il.
Je contemple, un peu attristé, le déploiement de la passerelle qui va bientôt nous permettre de regagner notre point de départ.
Les membres d’équipage chargés de l’animation et de l’accueil durant le voyage sont devant la passerelle pour saluer les passagers. Voilà, c’est fini.
Pour nous souhaiter bonne route le Tour Leader nous accompagne jusque dans le car qui nous attend devant le terminal .
De 4° sur le bateau, la température est remontée à 9° en ville. Et bien entendu, il pleut. C’est donc uniquement sous la pluie que nous aurons connu Bergen. A croire que la pluie fait partie du patrimoine culturel de la ville.

A l’aéroport nous faisons enregistrer nos bagages.
Embarquement au milieu de nombreux voyageurs.
Il fait nuit lorsque les roues de l’avion quittent le sol norvégien. Le vol s’est déroulé sans problème jusqu’à Amsterdam.
L’aérodrome est tellement gigantesque que nous avons roulé sur le tarmac un bon moment avant d’accéder à notre porte de débarquement. Roxane nous dit « Normal, c’est la plus grand aéroport d’Europe ».
A l’intérieur tout est en démesure. Il y a des boutiques partout. Roxane nous (re)dit « Normal, c’est la plus grand aéroport d’Europe ».


Le vol jusqu’à Genève est sans histoire.
Là, nous retrouvons Jérôme.
Il me fait penser à Michael Collins, le troisième homme de la première mission lunaire. Jamais dans la lumière, le rôle ingrat de gardien, mais dont le rôle est crucial.
Sans Jérôme pour garder la ménagerie, ou plutôt les ménageries, pas de voyage possible.
Et c’est avec une grande joie que nous le retrouvons.
Maintenant il va falloir lui faire le récit de nos aventures.

ÉPILOGUE.

Notre vie a doucement repris son cours.
Pendant quelques jours encore, les mouvements du bateau se sont fait sentir. Un léger basculement semblable au roulis perdurait au moment de franchir les portes.
La verticalité se refusait à nous.
Le plus dur fut de renoncer à ce qui avait fait le grand charme de ce voyage, notre cohabitation à trois.
Le navire était devenu notre terrain de jeu, la contemplation notre activité principale.
Le bateau, lieu certes clos mais aussi un peu irréel, devenait pour nous trois un condensé du monde.
Son rythme nonchalant, l’enchantement de vivre à la lisière de trois éléments, l’eau, l’air et la terre, tout a contribué à une expérience hors du temps et de l’espace, détachée des vicissitudes du quotidien.
La découverte des terres septentrionales, de la Norvège et de l’arctique a été un émerveillement.

 

Photos: Roxane, Patrick.

A bord de l’Express côtier. MS Vesterålen, janvier 2016. Vesterålen, Lofoten, Brønnøysund, Rørvik .

Du 31.01 au 01.02.

Lever à 7h45. Nous ne sommes que trois au petit déjeuner. Roxane est encore dans les limbes et dans sa couchette. Voilà le résultat de nuits d’enfer à la recherche des aurores boréales.
Nous sommes en approche de Harstad dans les Vesterålen.
Il a neigé cette nuit et le pont du bateau a du être dégagé.
Peu après Harstad nous pénétrons dans le Risøyrenna, un chenal creusé pour permettre aux navire Hurtigruten de naviguer.
Nous longeons les balises de très près. Les paysages sont toujours grandioses avec ces montagnes enneigées qui se précipitent dans la mer.

Nous atteignons Sortland pour le déjeuner du midi.
Après une courte navigation d’un peu plus d’une heure sous un ciel maussade nous entrons dans le port de Stokmarknes.

Il y a là le musée Hurtigruten. Le musée est annoncé gratuit pour les passagers mais arrivés à l’accueil, surprise! il faut payer 50 Couronnes Norvégiennes (50NK). Nous entrons tout de même en râlant un peu (sport qui, quoiqu’on en pense, n’est pas typiquement français vu les protestations générales) plus pour le principe que pour le prix.

Nous visitons, mais au pas de charge vu le peu de temps de l’escale : une heure.
Dommage car le musée est intéressant, mais la gratuité serait la moindre des choses puisque les passagers ne disposent pas d’assez de temps d’escale pour visiter correctement (on ne va pas non plus en faire tout un fromage). Maquettes, matériels de navigation aujourd’hui obsolètes, ancien bateau de la ligne à présent en cale sèche méritent mieux que cette visite trop rapide.
Retour au navire qui à présent navigue dans le Raftsund, un passage particulièrement étroit. Les rochers du rivage se trouvent à un jet de pierre de chaque côté du bateau.

Au ras des rochers.

Vraiment impressionnant et très joli.
Le ciel, couvert depuis le matin, se dégage à notre arrivée à Svolvaer, c’est à dire à la nuit. Nous montons sur le pont Roxane et moi. Nous assistons au tout début d’une aurore boréale. Roxane redescend chercher Dany et nous jouissons tous les trois d’un spectacle splendide. Nous sommes seuls. L’aurore se déploie soudain en lumières d’une rare intensité.
Draperie céleste faite de gaze et de joyaux, la volute ondule rapidement, se pare de vert, de jaune et de raies rouges. Un souffle géant soudain dérobe la belle à nos yeux et la disperse dans l’obscurité du ciel.
Le tout n’aura duré que quelques dizaines de secondes, et nous laisse éberlués et pantois.

Nous faisons un petit tour en ville et sur le port. La chaussée est toujours aussi verglacée qu’à l’aller mais cette fois-ci nous avons des crampons.
Ce soir le dîner est retardé vers 20 heures afin d’attendre les passagers partis en excursion dans un village des pêcheurs.
Après le repas, Roxane monte fumer sa cigarette. Il est 22 heures au moment où le haut-parleur crache etc. etc. Montée sur le pont pour admirer encore un aurore qui joue à cache cache avec les nuages. Elle se déroule au zénith avec quelques belles couleurs et ondulations et finie voilée par les nuage. Carte photo en panne et bateau qui roule interdisent toute photo. Ça sera tout pour ce soir.
Pas tout à fait ! Nous tentons de regagner notre cabine sur un bateau qui danse en tous sens. Une rafale soudaine nous gifle et nous souffle de la neige glacée au visage.
Nous sommes tous les trois courbés pour lutter contre ce vent qui ne faiblit pas et la neige qui redouble d’intensité.
La descente des escaliers pour gagner le pont inférieur est une épreuve d’équilibrisme à haut risque. Nous nous accrochons les uns aux autres secoués autant par la tempête que par nos éclats de rire devant une situation si cocasse. Finalement après une progression pénible, nous atteignons une porte salvatrice qui donne sur l’intérieur. Enfin au chaud et à l’abri.
A présent, au lit tout le monde, bercé par un navire agité de soubresauts.

Lever à 8 heures. Après le petit déjeuner nous déambulons à travers les coursives internes jusqu’au pont F, à l’arrière où nous assistons à la levée du drapeau norvégien.

Il nous aura fallu un peu de temps pour nous retrouver dans la labyrinthe du navire.
Couloirs, ponts, sorties et salons n’ont aujourd’hui plus aucun secret pour nous.
Notre cabine se trouve sur le pont C, juste en face de la réception. Réception tenue par un personnel souriant et bienveillant. Nous avons beau savoir qu’il s’agit de commerce (mais aussi de savoir vivre), les sourires sont toujours agréables à recevoir.
Nous allons maintenant traverser le cercle Arctique en sens inverse et quitter une zone qui nous aura ravi.
Une petite cérémonie est organisée sur le pont. En échange d’une petite cuiller d’huile de foie de morue (pouah!), nous recevons une petite cuiller en métal argenté gravée « Hurtigruten- I did the Arctic- hunting the light ».
Nous nous prêtons au jeu et avalons l’huile proposée avec de grands éclats de rire par l’équipage (re-pouah, pas l’équipage, l’huile).


Une petite ile sur laquelle est érigé un globe, symbolise la limite du fameux cercle. Le temps est exécrable, il neige et la température n’excède pas le zéro degré. La visibilité est très faible.
Les petites escales se suivent avec leurs passagers norvégiens qui prennent le bateau comme nous prenons le train, sans plus d’émotion.
Le reste de la journée s’écoule de façon assez morne. Les grains succèdent aux grains.

Nous avons quitté les régions arctiques à regret.
Nous passons au large des sept sœurs, un groupe de sept sommets, en partie cachées par les nuages. Mais le spectacle est tout de même beau.
Nous assistons encore une fois aux travaux de l’équipage. il s’agit aujourd’hui des vérifications et entretien des canots de sauvetage.
Avec E. nous faisons quelques dernières photos. C’est son ultime jour de croisière, demain il reprend l’avion pour Paris à Trondheim.
En milieu d’après-midi nous accostons à Brønnøysund. Nous faisons encore quelques photos malgré l’obscurité qui s’étend peu à peu. Le résultat est…mouais. Au départ du navire, à 17 heures, il fait presque nuit.

Lorsque nous arrivons au restaurant. Nous sommes accueillis par le personnel en grande tenue qui nous propose un apéritif dès l’entrée, vin blanc ou jus de fruit au choix. Le capitaine et ses seconds sont là, en uniformes. L’animateur du bord fait un discours auquel je ne comprend pas un traître mot mais qui doit être drôle puisque tout le monde s’esclaffe.
Quelque passagers se font photographier près du capitaine et de ses officiers.
Tout le monde trinque « Skoll » .
Le repas est tranquille et nous nous donnons rendez-vous demain à 7h15 pour un dernier petit déjeuner ensemble.

 

A bord de l’Express côtier. MS Vesterålen, janvier 2016. Kirkenes, Vardø,Tromsø.

Du 29.01 au 30.01.

Après l’inoubliable journée d’hier, celle qui débutait promettait de ne pas être mal non plus.

Je me réveille à Vardø, le point le plus à l’est de la Norvège. Il est 3h20. C’est une ambiance étrange que celle de ces petits ports déserts à ces heures.
J’aime ces escales nocturnes. Tout est silence. A peine le ronronnement des machines se fait-il encore entendre dans la cabine. Roxane et Dany dorment. Dehors des hommes ou des femmes s’activent dans le froid et la nuit. De la buée s’extrait de leurs bouches.

Ils sont peu nombreux, juste ceux indispensables au service.
Quelques marchandises sont débarquées ou embarquées.
Il y a dans ces moments une grande impression de sérénité. La nuit, l’obscurité et le silence qui règne dans notre petit habitacle, tout concourt à une ambiance paisible. Dehors, les gestes des personnes qui travaillent sur le quai sont mesurés, réduits aux exigences de la tâche à accomplir.

Photo pas très nette à travers le hublot. Et puis, 3h20 tout de même…

Quelques paroles sont échangées entre l’équipage et ces personnels du port.
Enfin, le ronronnement des machines se fait entendre. Le bateau s’écarte du bord, le quai défile lentement, les lumières s’estompent dans la nuit. Nous sommes de nouveau en mer. Par le hublot au dessus de mon lit je vois l’écume provoquée par l’étrave du Vesterålen qui se fraye une route dans la nuit. Ce sont exactement ces moments que je suis venu chercher.
Réveil pour tout le monde alors que l’express côtier relâche à Vadsø. Il fait bien entendu encore nuit à 6h45.
Nous prenons notre petit déjeuner en compagnie d’E. .
Nous naviguons à présent en mer de Barents. Encore un nom qui fait rêver. Là, nous sommes réellement loin dans l’arctique. Le temps est très clair. Du moins lorsque nous apercevons le ciel à travers les lambeaux de brume qui l’obscurcissent . La mer fume d’une manière prodigieuse comme de la vapeur qui émanerait d’une marmite géante.

Le thermomètre du bord marque -6°. Le spectacle est captivant.
Comme souvent, par endroit, nous longeons la terre de chaque côté du navire. Kirkenes est en vue. Le thermomètre continue sa descente. -8°.
Kirkenes est l’ultime escale du Vesteralen dans le sens sud-nord.
Six heures d’escale et nous redescendrons vers Bergen. Mais nous n’en sommes pas là. Descendus du bateau nous avisons le bus qui doit nous mener en ville. Pour une raison que nous ne comprenons pas bien, le trajet est gratuit. Panne du matériel, pas de monnaie ???
Nous tombons immédiatement sous le charme de la ville. Tout le paysage est recouvert de neige. Routes, maisons, port… tout est d’un blanc quasi immaculé. Les rues sont semées de petites maisons multicolores avec leurs fenêtres décorées et leurs lampes allumées.

Les indications de direction et les noms de rues sont sous-titrés en russe.

Nous ne sommes qu’à une quinzaine de kilomètres de la frontière russe.

D’accord, tout le monde la fait celle là.

Le port abrite de nombreux bateaux de pèche russes qui y font escale. Nous nous baguenaudons dans les rues, sensibles à tout ce que nous voyons. La circulation, aussi bien à pieds qu’en automobile est réduite. Justement, une auto fait le plein… d’électricité son moteur tournant au ralenti .

Nous rentrons à pieds vers le port en traversant une petite zone résidentielle. Le froid se fait à présent plus mordant. Les mouchoirs en papier  gèlent dans les poches, les doigts piquent dans les gants, la barbe commence elle aussi à geler.
La mer se situe un peu en contre-bas. L’eau est gelée sur les bords et des plaques de glace flottent dans le port.

Retour au bateau non sans avoir regardé les chalutiers russes et leurs marins qui s’activent autour des navires.
Le thermomètre flirte avec les -14°.

Tout gèle sur la bateau, le sol, les rambardes, les parois, les escaliers. Malgré tout le froid est très supportable pour peu que l’on soit bien, et même très bien, habillé.
Nous repartons en laissant Kirkenes. Nous regrettons déjà la ville. Non qu’elle soit particulièrement belle, mais il en émane un charme indéfinissable.
Kirkenes s’éloigne doucement et nous parcourons de nouveau les immensités de la mer de Bartents. Encore un mystère que l’attirance qu’exerce sur nous cette mer. Il s’en dégage une magie indicible. Juste au dessus il n’y a que le Svalbard et le pôle Nord.
Nous reprenons la route vers le sud à contre cœur. Ce n’est déjà plus tout à fait la même ambiance. De nombreux passagers sont descendus à l’escale prendre l’avion du retour.
A 15h45 nous sommes de retour à Vardø. Il fait nuit noire.
Je vais me promener en ville faire des photos des fenêtres éclairées des maisons. Une tradition norvégienne.
Nous prenons un moment pour nous reposer dans le salon arrière. Pose très brève puisque à peine installés, le haut parleur du bord annonce « Nordlys ».
Tout le monde se rue dehors espérant apercevoir une belle aurore. Hélas celle-si est bien faible. Nous commençons à devenir chichiteux. Il y a huit jours, nous aurions sauté de joie.
Je fais tout de même quelques photos.
Nous dinons pendant la halte de Batsfjord. La température est de -5° et le vent souffle en rafales. Il y a beaucoup de travail autour du bateau.
Après le repas nous allons observer la ronde des « manitous » qui chargent et déchargent le navire. Il y a quantité de matériel à embarquer et le bateau prend du retard.
Je vais m’installer un moment dans la salon avant, le salon des Trolls. J’y suis depuis une minute lorsque… « Northern lights ». Et c’est reparti ! Je croise Roxane et Dany déjà prêtes et qui montent sur le pont. Le temps de m’habiller et je passe sur l’arrière du bateau où il n’y a…personne.C’est à l’avant que ça se passe.
Lorsque j’arrive à l’avant du bateau, l’aurore est là mais ni Dany ni Roxane n’y sont. Je repars vers l’arrière, croise Roxane qui me cherche, retourne à l’avant en sa compagnie où Dany s’y trouve déjà et nous regardons l’aurore qui n’est visible que de l’avant (vous suivez les déplacements?). Mais bientôt, toute trace disparait.
Nous guettons un instant, dans le vent glacial qui nous gèle le visage. Le ciel restant obstinément noir, nous nous réfugions à l’intérieur.
En résumé, des dizaines de mètres de coursives parcourues et à l’arrivée, pas vu grand-chose.
Nous remontons ensuite sur le pont Roxane et moi et les lumières du ciel ont repris de la force.
Photos. Roxane redescend chercher sa mère et lorsqu’elles remonte, plus rien. L’aurore a été comme soufflée et a complètement disparue. Maintenant. Au lit.
A travers le hublot je distingue quelques faibles lueurs vertes, mais pas question de me relever.

Ce matin nous sommes dans la tempête. Vent force 10 sur l’échelle de Beaufort, c’est à dire vents autour de 100 kilomètre/ heure.
Ça décoiffe sévère et le pont est désert nous mis à part. C’est vrai que nous squattons les ponts depuis le départ. A l’exception des fumeuses et fumeurs qui ne peuvent satisfaire leur vice qu’ici (et encore à des endroits rigoureusement définis), il n’y a pas grand monde sur les ponts. Même les aurores boréales ne font plus autant recette qu’au début.
La mer moutonne et blanchit, le bateau gîte mais ne bouge pas énormément.  Les éclairages sont étranges, les nuages courent au dessus de nous, le vent se déchaîne par moments.

Vraiment impressionnant. Nous redescendons dans la cabine où une surprise nous attend. Sur la poignée de la porte de la cabine nous attendent trois certificats indiquant que nous avons affronté une tempête de 10 Beaufort. Eh ben…
Arrivée à Hammerfest sur le coup des 11 heures. Nous avons quartier libre jusqu’à 12h45. Nous allons visiter le musée de l’ours polaire situé sur le port.
Nous chaussons ensuite nos crampons pour aller faire un petit tour dans la zone portuaire.
Hammerfest se targue d’être la « ville la plus au nord du monde, 70°39′48″ Nord ». En fait, il faudrait se mettre d’accord sur le mot « ville ». Il y d’autres localités habités plus au nord. Sont-elles des villes ? Là est la question.
Le port n’est pas désagréable à voir même si la ville, à l’instar d’à peu près toute ces ville côtières n’est pas vraiment jolie. Elle fut elle aussi réduite en cendres par les troupes nazies.
Nous reprenons la mer pendant le repas. Une mer toujours agitée par les vents.
Une petite sieste réparatrice est la bienvenue (sous les sarcasmes de Roxane), la fatigue commence à se faire sentir suite aux réveils intempestifs des nuits d’aurores boréales.
Nous empruntons un passage en mer libre alors que fort heureusement le vent est un peu tombé. La plus grande partie de le navigation se déroule entre le foisonnement d’iles qui caractérise la côte norvégienne. C’est donc une succession de fjords, d’iles et de passages étroits.
De temps à autre le navire se trouve en pleine mer. Et nous passons de zones relativement abritées à des étendues de mer ouverte à tous les vents. Le thermomètre oscille toujours entre le zéro et des températures négatives.
Et peu après le repas…« Northern lights » !!! Ça y est ça recommence.
Tout le monde sur le pont. Où ça ? Où ça ? Où ça ?
Nous passons un grand moment sur le pont arrière, en plein vent, frigorifiés. Une folie ! Nous assistons à une heure d’aurores boréales. Photos, photos, photos…
Au bout d’une heure nous regagnons la cabine au moment où nous nous amarrons aux quais de Tromso. Il est presque minuit. Toute l’équipe est un peu fatiguée. Mais NOUS IRONS JUSQU’AU BOUT ! Qu’on se le dise.
Roxane est penchée en permanence sur son portable qui lui affiche la probabilité de voir des aurores annonce « A minuit ça monte » . Bien content de l’apprendre, minuit nous y sommes quasiment. « Presqu’à deux » renchérit-elle.
Encore un nuit courte en perspective ?

 

A bord de l’Express côtier. MS Vesterålen, janvier 2016. Finnsnes, Tromsø, Havøysund, Honningsvåg, cap Nord.

Du 27.01 au 28.01.

Peu à peu le jour se lève, mais cette fois-ci le soleil illumine le sommet des montagnes.
De nouveau des paysages fait de somptueux pics enneigés, de petites bandes côtières avec leurs maisons rouges perdues dans la neige, de petits villages au bord de l’eau. Nous ne nous en lassons pas.

Séance photos en compagnie de E. .

Le thermomètre, à l’abri, marque 1 degré et nous, nous sommes en plein vent. Descente dans la salle à manger pour le petit-déjeuner.
Les petits-déjeuner sont salés ou sucrés selon les envies du moment.
Le midi, buffet libre avec poissons marinés, cuisinés, saurs … Viandes et légumes (c’est à dire le plus souvent pommes de terres) sont proposées ensuite. A noter l’omniprésence de poivrons. Pourquoi ? Mystère. Les desserts, fruits et gâteaux ne sont guère variés. Le personnel est agréable. A l’entrée du restaurant il faut se nettoyer les mains avec une mousse. C’est d’ailleurs obligatoire à chaque fois que nous rentrons dans la navire après être allé à terre. Hygiène, hygiène…
En sortant et en entrant dans le bâtiment, nous devons passer notre carte d’embarquement sous le lecteur de code barre.

Escale vers 11h 15 à Finnsnes. Nous nous éloignons peu du bateau, l’escale ne dure que 45 mn. Encore faut-il préciser que si le navire arrive en retard, il part (presque) toujours à l’heure prévue. Ainsi le temps de l’escale peut-il être notablement plus court que celui auquel on s’attend.
Départ vers Tromso en passant sous le pont Gisund.

Nous accostons à Tromso à 14h30. Nous avons 4 heures devant nous. Nous prenons le bus jusqu’à la cathédrale arctique de l’autre côté du bras de mer qui sépare Tromso en deux. Les abords sont recouverte de glace et vraiment casse-gu…e… glissants. Pas facile de prendre des photos dans ces conditions.

Nous visitons un intérieur un peu froid, fonctionnel, un peu décevant par rapport à ce que pouvait laisser espérer un extérieur très réussi.
Vu la patinoire qui entoure la cathédrale, j’ai dû faire cette photo cramponné à un arbre. Ah!.. ça se voit…
En plus, la présence du bâtiment de service n’est pas très heureuse.

Nous retournons en ville toujours en bus. Le centre ville enneigé est déblayé au bulldozer et la neige stockée dans des rues interdites à la circulation.


Nous flânons dans le centre, découvrant une curieuse librairie consacrée aux bandes dessinées, ou l’église du centre ville.
Nous faisons un passage dans un magasin de souvenirs installé dans une maison ancienne en bois comme il y en a beaucoup dans la rue principale.
Retour au bateau pour le traditionnel thé dans la cabine. Montée sur le pont arrière pour ensuite assister au départ.
Le panorama nocturne sur la ville est très beau.

Départ du port ou plutôt faux départ puisque nous nous arrêtons un peu plus loin. Panne ? Problème technique ? Embarquement de matériel prévu ou imprévu ?
Finalement nous partons pour de bon.
Lassés de glisser et de risquer la fracture à chaque fois que nous mettons le pied à terre, Roxane a acheté à bord des crampons amovibles qui se fixent sous les chaussures.
A nous la glace !
Et pendant que nous tentons de survivre au froid habillés comme ceci…
…les marins norvégiens déambulent sur le pont en chemisette. Ils se permettent même de s’arrêter pour faire un brin de causette.

Le passage du Cercle arctique nous a fait pénétrer dans un monde nouveau. Un monde qui tient probablement beaucoup de notre imaginaire.
Qu’est ce qui a changé en fait? Difficile à dire, mais la lumière n’est plus la même, les paysages sont plus grandioses, et l’ambiance est envoûtante. C’est tout en sensations curieuses qui nous remplissent de joie et d’un profond sentiment de plénitude en découvrant ces contrées nouvelles pour nous.

Le lendemain matin, petite escale de 45 minutes à Hammerfest alors que nous sommes toujours au chaud dans nos couchettes puis cap sur Havøysund. Nous nous sommes levés à 7h15 afin de prendre un copieux petit déjeuner. Nous allons être de l’excursion du cap Nord et nous avons décidé de sauter le repas de midi.
Le paysage est toujours aussi prenant et nous passons le plus clair de notre temps sur le pont.
Sur le bateau puis sur le port d’Honningsvag nous observons de fabuleuses lumières qui nimbent le ciel, un arc circumhorizontal (sous réserve vu mes connaissances en météorologie). Le phénomène serait assez rare.
Départ en car à 11h30 pour le cap Nord. Le conducteur du car nous semble rouler à fond. Peut-être est-ce l’étroitesse de la route qui donne cette impression. A 12kms du but la route est coupée par une barrière et le reste du voyage doit se faire en convoi derrière un chasse neige. Impressionnant.
La neige qui tombe gèle sur les glaces du car effaçant le paysage.


Nous arrivons enfin au cap Nord. Le paysage est sauvage et désolé. Seul, planté au milieu du décor, se dresse un bâtiment, à la fois musée, boutique de souvenirs, restaurant…


Peu de monde en dehors des voyageurs de notre bateau.
Nous garnissons nos chaussures de nos beaux crampons tout neufs, et en avant.
Le lieu est magique. L’isolement est total pourvu que l’on ait le bâtiment dans le dos.
Il y souffle un vent absolument dément. Je me vois arraché mon sac photo qui vole un peu plus loin. La marche est parfois pénible. Autour il n’y a que du roc, de la glace et de la neige. Pas de maison, pas d’arbre. Face à nous l’immensité de le mer.

En fait, le cap Nord n’est pas la pointe la plus au nord de l’Europe continentale. Celle-ci se trouve être le Knivskjellodden que l’on peut voir sur la gauche du cap.

Nous sacrifions à la photo devant le globe qui marque le cap puis nous nous promenons, toujours luttant contre le vent.
Avec Roxane nous photographions tout ce qui tombe sous notre regard.
Malgré tout il sera bien difficile de rendre compte du charme de l’endroit.
Ici, seul le vent se fait entendre, seuls la glace et le froid ont leur place.


Nous passons à la boutique faire provision de magnets et autres souvenirs.
Nous nous arrachons du lieu avec regret tant l’endroit est fascinant.
Retour, toujours derrière le chasse neige, avec de splendides échappées vers les fjords et sur les maisons qui les bordent.


Nous revenons au port qui est transformé en patinoire.


Départ d’ Honningsvag à 14h45 alors que la nuit tombe déjà.
Le bateau passe ensuite devant des falaises qualifiées de « plus gracieuses de Norvège ». Mais il fait nuit noire et nous ne voyons rien sinon quelques lumières un peu kitchs qui les illuminent faiblement.
Avec Dany nous redescendons dans la cabine et Roxane reste sur le pont (la clope) .  Soudain Roxane ouvre violemment la porte de la cabine: le haut-parleur vient de cracher « Northern lights ».

C’est la ruée. Dans la coursives, toutes les portes s’ouvrent et une foule de gens pressés se dirige vers les ponts. Aurore boréale en vue. Le mot magique est lancé.
Eh oui ! Il y en a une qui commence timidement à serpenter dans le ciel pour une fois bien dégagé. Ce n’est au début qu’une forme laiteuse qui oscille lentement. Elle s’intensifie peu à peu en tirant vers le vert et s’étend d’un côté à l’autre de la demie sphère céleste. Ça mitraille de partout.
Je retrouve Roxane.
-Alors, as-tu pleuré ?
-Oui.
C’est bien ce qui était prévu !
Sans en manquer une miette de visu je fais aussi des photos. L’équipage a mis de la musique qui ajoute au caractère surnaturel du spectacle.
Nous restons ainsi, béats et avec je suppose un sourire idiot aux lèvres, pendant environ 1 heure. Nous redescendons dans le bateau, frigorifiés. Enfin, c’est à ce moment que l’on se rend vraiment compte que l’on a froid.
Nous allons diner tous les quatre, euphoriques. Au menu crabes, langouste et crevettes.
Nous retournons ensuite sur le pont habillés de pied en cape comme pour le pôle Nord. Les aurores sont parties et nous allons nous coucher. En gardant nos sous vêtement polaires, dès fois que… (faut bien être cinglés).
Je commence à m’endormir lorsque Roxane pénètre comme une folle dans la cabine.  « Vite, habille-toi, il y en a une qui bouge dans tous les sens ». Je monte sur le pont sans prendre le temps de m’habiller complètement. Hélas, les lumières s’esquivent déjà . Évidemment je me gèle d’une manière pas possible. Je fais tout de même quelques photos de la belle devenue bien pâlichonne. Au moins, Roxane aura pu se faire plaisir avec le spectacle. Du coup, pour ne pas être pris au dépourvu par une nouvelle alerte, je garde mes chaussettes (de plus en plus givré je vous dis). Mais plus rien.

Le rendu des aurores en photo pose un problème. Il est nécessaire d’opter pour des poses longues (ou une sensibilité poussée) et cela fausse le résultat. Les aurores que nous avons pu voir étaient dans la plupart des cas plus pâles, voire beaucoup plus pâles, que sur les photos. Quelques unes étaient vraiment éclatantes. C’est la première fois que nous étions confrontés au phénomène et nous avons fait de nombreuses erreurs. Difficile de dire aujourd’hui à quel point ces photos sont éloignées de ce que nous avons vu. De plus, sur un bateau, ça bouge! Les photos perdent ainsi de la délicatesse des aurores.

A bord de l’Express côtier. MS Vesterålen, janvier 2016. Trondheim, Rørvik, Ørnes, Bodø, Svolvær..

Du 25.01 au 26.01.

Nous nous sommes levés tôt, l’arrivée à Trondheim se faisant à 6 heures du matin.

Après avoir déjeuné, nous partons en ville alors qu’il fait encore nuit. Il va falloir s’y habituer, le jour va se réduire comme peau de chagrin à mesure que nous progresserons vers le nord.

Il pleut et nous nous dirigeons difficilement de la zone portuaire vers la ville. Il a beaucoup neigé, les trottoirs ne sont que peu dégagés. De surcroît, ça glisse énormément. Ici pas de sel de déneigement mais de petits gravillons qui sont semés sur les trottoirs. Quelques piétinements plus tard, ils se sont enfoncés ou ont été recouverts de glace. Piège fatal pour le voyageur novice qui les apercevant croit à une surface praticable alors que les gravillons sont sous la glace et qu’il va en fait mettre les pieds sur une vraie patinoire.

Les rues du centre ville sont illuminées. La pluie rend la prise de photos difficile (sans compter qu’il faut garder son équilibre). Nous arrivons enfin à la cathédrale entourée de son vieux cimetière. Très bel endroit, très calme, bien enneigé.
Retour vers le bateau par le bord de la Nidelva, de son vieux pont et des ses maisons multicolores. Notre ballade aura duré 2 heures et nous sommes de retour bien avant l’appareillage. Il faut préciser qu’une de nos grosses angoisses pendant ce voyage aura été de manquer le départ du bateau. C’est un bateau de ligne et il ne nous attendra pas.

Après le repas de midi nous montons sur le pont par intermittences, le vent et la pluie ont effet très dissuasif.

Nous passons près du Kjeungskjaer, un très joli phare en mer.

A plusieurs reprises, nous avons pu observer l’équipage en plein travail de nettoyage et de maintenance du bateau. Lavage à grande eau, reprises de peinture, graissage des agrès, vérification des canots de sauvetage…

Vers la fin de l’après midi nous empruntons le Stokksundet, un passage très étroit entre deux iles. Un coup de sirène prévient du passage.

L’heure bleue s’invite aux environs de 16h30. C’est un instant délicat et paisible où le ciel nous régale alors de toute une gamme d’azurs plus ou moins marqués.
Repas du soir, toujours très soigné, avant d’arrivé à Rørvik où nous assistons à un ballet de « Manitous » qui chargent et déchargent le bateau. Très efficaces.
Ensuite, cabine et couchette.

Aujourd’hui, c’est LE JOUR où nous allons changer de monde.
Lever de très bonne heure pour le passage du Cercle polaire arctique.
Moment magique même si nous ne savons pas encore très exactement à quel moment s’est produit le passage. Lever du jour à l’avant du bateau. Peut-on encore appeler ça « lever du jour » vue la luminosité très réduite?
Nous croisons le MS Lofoten. Les deux bateaux, enfin leurs équipages, échangent un coup de corne ou plutôt de sirène.

Cette fois-ci nous sommes vraiment dans le Grand Nord. Les paysages sont admirables mais il ne fait pas chaud, les nuages sont bas et les averses se succèdent.
Nous faisons une brève escale à Ørnes sous un ciel chargé.


Un peu plus tard Neptune préside la cérémonie du passage du Cercle polaire à laquelle nous allons participer sur le pont arrière.
Nous sommes passés à 7h12mn. J’avais joué 7h22. Tous les passagers étaient invités à parier sur l’heure de passage. Le plus près gagnait le pavillon de la compagnie qui lui était remis lors de la cérémonie. Mais ensuite il fallait, pour le lauréat, affronter l’épreuve de la louche de glaçons versée dans le cou.
C’est une passagère qui a gagné et le pavillon et les glaçons.
Toutes les autres personnes qui assistent à la cérémonie peuvent aller boire un petit verre de schnaps à condition…de se faire eux aussi verser la glace dans le dos.

Pour avoir droit à ce qu’il y a à droite dans les verres, il faut d’abord se faire verser dans le cou ce qu’il y a à gauche dans le saladier! Le tout reste bon enfant, mais visiblement, les Norvégiens prennent du plaisir à ce petit rituel.
Évidement après ça, direction la cabine pour se changer.
Les ponts sont désertés pour cause de pluies intermittentes.

Nous arrivons à Bodø à midi et demi. Repas et balade en ville. Beaucoup de villes côtières furent détruites lors de la dernière guerre mondiale et de ce fait ne présentent pas un intérêt particulier. Malgré tout déambuler dans leurs rues n’est pas déplaisant.
Nous retournons sur la bateau qui appareille à 15 heure.
Un demie heure plus tard le soleil se couche. A 16 heures il fait nuit. Nous traversons le Vestfjord, un passage en pleine mer qui va nous conduire aux iles Lofoten.
La mer se creuse et le bateau bouge un peu. Les giboulées de pluie et de neige mêlées fouettent le navire.
Escale aux Lofoten, à Stamsund puis à Svolvaer. Nous nous aventurons en ville sur un sol totalement verglacé. Équilibre instable et petits pas nous conduisent difficilement jusqu’à l’église. Quelques photos en s’accrochant pour ne pas tomber et retour vers le bateau à pas comptés.
Nous espérons voir des aurores boréales le ciel s’étant miraculeusement dégagé. Quelques étoiles brillent ça et là. Départ de Svolvaer en longeant les séchoirs à poissons. Sorti du port le bateau bouge beaucoup.
Nous nous engageons dans le Raftsund, encore un passage très étroit sur lequel donne le Trollfjord, un petit fjord perpendiculaire à la route empruntée par le bateau.
Nous montons sur le pont avec Roxane alors que Dany reste dans la cabine.
Le bateau s’arrête devant l’entrée du fjord. Un petit « pot » a été organisé sur le pont.
Le temps est épouvantable. Il neige et il fait froid. Il est environ 23 heures.




Soudain l’équipage allume un projecteur et balaye de lumière les parois rocheuses si proches.
Roxane descend chercher Dany et à leur retour la neige qui tombe redouble d’intensité. Après une dizaine de minutes d’arrêt le bateau repart.
Il est minuit et le navire continue sa progression entre les montagnes enneigées qui enserrent l’étroit passage où nous naviguons. Nous n’en distinguons que les silhouettes fantomatiques. Il est 1h30 lorsque nous regagnons notre cabine.

A bord de l’Express côtier. MS Vesterålen, janvier 2016. Genève, Oslo, Bergen, Molde.

Du 22.01 au 24 .01.

De quel imaginaire enfouit ce voyage est-il le fruit? De quelle lecture de jeunesse est-il le prolongement? Difficile à dire aujourd’hui.
Voyager à bord de l’Express-Côtier de Norvège est longtemps resté un vieux rêve inaccessible.
L’envie d’observer les aurores boréales, quoique plus récente, semblait elle aussi hors de portée.

Roxane a mis un terme aux rêveries pour entrer dans la réalité. « C’est décidé, je vous emmène en janvier de l’année prochaine voir les aurores boréales».
A ce moment s’ouvre une toute autre séquence. Prévoir, envisager, réserver. Toutes ces choses qui peu à peu dessinent un voyage, un vrai.
Ce 22 janvier 2016, c’est en avion, via Amsterdam, que nous gagnons la capitale norvégienne. L’avion déréalise le voyage et le transforme en transport. C’est rapide mais purement utilitaire (mis à part quelques jolies vues).

A l’atterrissage à Oslo, le thermomètre pointe si l’on peut dire à -21 degrés.
Nous gagnons le centre-ville en train. Une petite neige glacée enrobe la capitale d’une atmosphère un peu irréelle pour qui arrive de loin.

Nous avions imaginé pouvoir nous promener dans Oslo et découvrir la ville. C’était sans compter avec la nuit qui tombe vers… 15 heures 30.

Nous déambulons dans les rues illuminées du centre ville. Oslo compte aussi ses SDF. Qui sont-ils ? Migrants, pauvres à la rue ? Toujours est-il qu’ils sont là, assis par terre, emmitouflés dans des épaisseurs qui de couvertures, qui de duvets, se protégeant du froid du mieux ou du moins mal qu’ils peuvent. Des organisations d’aide humanitaire sont présentes à leurs côtés sans que l’on sache s’il s’agit d’ONG ou d’organismes gouvernementaux. Impossible de déchiffrer les inscriptions en norvégien des lieux d’accueil.
Malgré le froid vif, nous nous promenons dans des rues illuminées et assez fréquentées. Nous regagnons ensuite notre hôtel après nous être restaurés.

Nous nous réveillons le lendemain matin dans une ville recouverte par la neige tombée dans la nuit.
Il fait moins froid que la veille. Le jour n’est pas encore levé lorsque nous nous dirigeons vers la gare. Nous allons prendre le train qui va nous mener d’Oslo à Bergen où nous attend le MS Vesterålen. Le train est en retard mais finit par se mettre à quai à notre grand soulagement. Les paysages que nous traversons sont de toute beauté et nous arrivons en fin d’après-midi à Bergen. Non loin du port nous nous promenons sous la pluie dans un quartier de maisons en bois.

Nous embarquons sur le MS Vesterålen où nous retrouvons E. avec qui nous communiquons depuis quelques temps sur internet à propos de notre voyage en Norvège. La nuit est bien tombée lorsque nous appareillons sous une pluie battante.

Le lendemain matin, la météo reste capricieuse.Tout est  inédit pour nous, le bateau, les paysages, la lumière. Peu après midi, nous accostons à Ålesund. Nous descendons à terre visiter la ville. Nous reprenons ensuite notre pérégrination vers le Nord.

Revenons un instant sur Ålesund. La ville, construite en bois, fut ravagée par un incendie le 23 janvier  1904. Il ne fallut que trois ans pour que sorte de terre la nouvelle ville. Les édifices au nombre de 350 furent bâtis de briques et de pierre dans le style Art nouveau. Des lignes générales furent définies par le responsable de l’administration en charge du projet mais une grande liberté fut laissée aux architectes. Les bâtiments sont d’une grande diversité tout en reflétant une belle unité. Le résultat est exceptionnel.

Il doit être aux alentours de 18 h lorsque nous accostons à Molde.
La nuit est largement tombée. L’arrêt ne dure qu’une demie heure et E. nous a prévenu que la ville n’était pas très intéressante. Nous descendons cependant à terre et je m’éloigne sur le quai verglacé pour prendre quelques photos du bateau.
Et là…verglacé, c’était peu dire.
Ziiiiiiiiip ! Zap!Zap!Zap… Mais pas Paf ! Les initiées comprendront .
En attendant, les initiées sont hilares. Pas charitable.


Nous assistons à l’embarquement des véhicules et aux manœuvres de départ puis nous allons dîner. Le soir, la table retenue est toujours la même. E. a demandé, et obtenu, que nous dînions ensemble et c’est ce que nous ferons tout le voyage. Il est un compagnon agréable et discret. Les repas du soir sont soignés et servis à la table par un équipage sympathique et prévenant.
Au début nous nous sommes demandés ce que nous allions bien pouvoir faire de nos longues soirées d’hiver qui commencent vers 16 heures. Puis nous avons vite découvert qu’il y avait beaucoup de choses à voir sur le bateau et en dehors. Il est impératif de s’abandonner au voyage, de se laisser porter par ce nouveau rythme de vie, de se glisser dans cet entre deux qu’est la navigation côtière. La terre si proche et la mer sur laquelle nous glissons sont intimement liés, dédales d’iles et de fjords, dentelles de rochers ciselées par le ressac, neige et écume qui s’épousent au ras des flots.
Mais pour ce soir, au lit.

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