A Guise, dans l’Aisne, s’élève un ensemble harmonieux de bâtiments en briques rouges.

Ce complexe architectural constitue un bel exemple d’une utopie devenue réalité.

Jean-Baptiste André Godin (1817-1888), modeste ouvrier picard, développe sa petite entreprise de serrurerie-fumisterie créée en 1840 et la transporte à Guise. Là, il entreprend la fabrication des  poêles en fonte de fer qui feront la réputation de l’établissement durant des décennies.

A cette activité industrielle Godin veut associer ses idées de progrès social. Godin fonde le concept des « équivalents de la richesse ». Ce que la bourgeoisie de l’époque peut acquérir par l’argent les ouvriers pourront se l’offrir par l’entraide et la mise en commun.

A partir de 1859 les habitants de Guise voient s’élever les divers bâtiments qui vont constituer le Familistère.

Pénétré des idées de Charles Fourier, en particulier par le concept de phalanstère, Jean-Baptiste Godin va édifier le Familistère qui s’articule autour de quelques idées fortes.

-Mettre à disposition des logements salubres et confortables pour les ouvriers.

-Permettre à chacun d’accéder à l’éducation par la création d’une école au sein du Familistére.

-Promouvoir un environnement sain et des pratiques hygiénistes.

-Permettre à chacun de se distraire et de se cultiver à travers un théâtre, un kiosque à musique, une piscine et une bibliothèque.

-Offrir aux habitants du Familistère de se fournir dans des économats où sont mis à disposition des produits de base de qualité et bon marché grâce à l`élimination des intermédiaires.

-Réunir le capital et le travail dans une association. Ce sera l’« Association coopérative du capital et du travail, société du Familistère de Guise ».

Tout ne se déroulera pas toujours comme prévu. Les oppositions à son projet seront nombreuses: politiques (nous sommes sous le second empire, puis sous une république conservatrice), religieuses (les ecclésiastiques voient d’un mauvais œil une école qui leur échappe), économiques (les économats font de la concurrence aux commerçants), familiales enfin (son épouse, inquiète des sommes investies dans son projet demande le divorce en 1863). Au sein même du Familistère des désaccords ou un manque d’intérêt se feront sentir.


Détails de décoration.

Tout a été pensé dans la conception des bâtiments en vue d’une utilisation fonctionnelle mais aussi avec le souci de construire « beau ». Pour Godin, il n’y a pas de raison que les ouvriers ne puissent pas accéder à ce qui est beau.

Les appartements du bâtiment central sont traversants, c’est à dire que d’un côté ils donnent sur l’extérieur et de l’autre sur la vaste cour intérieure. Afin que chaque appartement reçoive la même quantité de lumière les fenêtres sont plus grandes en bas qu’en haut du bâtiment. Une immense verrière assure abri et lumière. Un ingénieux système ventile l’ensemble. Conçue comme un lieu de rassemblement, la cour a également une fonction festive. Les grandes fêtes du familistère s’y déroulent.

Des galeries balcons assurent l’accès aux logements mais ont également un rôle sociétal en favorisant la rencontres entre les locataires. Des escaliers situés aux quatre coins du palais desservent les trois étages de logements. A noter qu’avant de prendre possession de leur habitation les occupants sont instruits des obligations qui leur incombent et de la manière d’utiliser les biens communs et leur propre habitation.

Plaques du baptême du Familistère. Initialement dans l’aile gauche, ces plaques se trouvent aujourd’hui dans un mur de la grande cour du pavillon central.

Des logements sont présentés aux visiteurs avec leur mobilier de trois époques différentes.

    1867

1950

1967

La lessive dans les appartements est interdite afin d’éviter que les vapeurs d’eau rendent les locaux insalubres. Une buanderie collective et son séchoir permettent aux familles de laver leur linge. Dans l’optique d’une utilisation rationnelle des ressources, l’eau chaude provient de l’usine. Une piscine est intégrée au bâtiment. D’une superficie de 50m2 elle est est équipée d’un plancher mobile qui permet de réduire la profondeur lorsque des enfants s’y baignent.

Les fenêtres arrières du pavillon central s’ouvrent sur un grand parc.

Peu à peu des dissensions internes, le manque d’investissements dans l’outil industriel et bien d’autres facteurs mènent à la disparition de l’Association coopérative du capital et du travail.

Les avantages réels qu’offraient le Familistère à sa création  sont concurrencés par des avancées sociales accessibles à l’extérieur. Dans ces conditions, la société du Familistère est dissoute le 22 juin 1968.

Cette présentation du Familistère Godin à Guise est très sommaire.
Pour celles et ceux qui sont intéressés par les divers aspects de cette œuvre originale voir ces deux liens.
Le Familistère de Guise.

Le Familistère de Guise : habitat collectif et autonomie ouvrière

Et en plus, quelques photos dans la galerie.


Galerie.