Du 02.02 au 03.02.

Retour à Trondheim.
Lever à 6h45. Enfin, pas tout le monde. Roxane a de plus en plus de mal à quitter la chaleur douillette de sa couchette. Nous partons prendre le petit déjeuner tous les deux en compagnie d’E. et Roxane nous rejoindra un peu plus tard.
Nous faisons nos adieux à E.. Je suis seul de nous trois à descendre à terre faire un petit tour dans les environs du port. Je ne m’éloigne pas trop ayant peur de m’égarer dans cette zone portuaire aux contours mal définis. Pour accentuer la désorientation, il fait nuit.
Il a neigé toute la nuit ce qui ne facilite pas les déplacements sur des trottoirs tout juste dégagés qui ne permettent qu’un lent déplacement.


Je fais un petit au revoir de la main à E. qui est dans le car qui part vers l’aéroport. Nous avons été très heureux de le rencontrer et de voyager avec lui. Nous avons passé d’agréables moment ensemble.
J’observe un moment le va et vient des camions et chargeurs autour du bateau.
Il s’agit véritablement d’un bateau de travail même si l’orientation croisière se fait bien sentir. Le côté bateau utilitaire n’est cependant pas du folklore et correspond exactement à ce que j’espérai. Ces bateaux assurent réellement un service tout le long de la côte ouest du pays. Mais pour combien de temps encore ?

Je rentre au bateau.
Nous montons sur le pont assister aux manœuvres de départ toujours intéressantes.

Le soleil, eh oui, se lève doucement sur ce paysage de neige.
A 11 heures nous assistons à une séance d’information en vue du débarquement final, demain à Bergen.
L’aventure touche déjà à sa fin et c’est bien dommage tant ce voyage s’est déroulé comme dans un rêve.
Nous prenons notre repas de midi à trois, une petite sieste s’ensuit et nous retournons à notre poste d’observation favori, sur le pont arrière.
Je me déplace ensuite sur l’avant du bateau, je suis seul, tranquille. L’étrave fend la mer et je me sens particulièrement bien, il fait beau et les paysages sont toujours aussi grandioses avec ce manteau neigeux d’un blanc absolu.


Maisons de bord de mer, phares, pêcheries et bourgades isolées s’égrènent de chaque côté des flancs du bateau.
Nous arrivons à Kristiansund que nous avions pu voir de nuit Roxane et moi. Non loin une plateforme pétrolière est arrimée près du rivage. Construction, réparation, exploitation ???
Nous allons chercher les tickets du bus qui doit demain nous conduire à l’aéroport.
Roxane en profite pour faire le checking. Toujours ça de fait car le délai entre l’arrivée du bateau à Bergen et l’embarquement dans l’avion est assez court.
Descente dans la cabine pour préparer les sacs à dos et la valise. Mieux vaut ne pas décrire la scène.
Nous prenons notre repas du soir en nous offrant deux bières et une eau gazeuse. La grande fête ! Nous sommes à notre table habituelle, la numéro 23.
Le menu se compose d’un consommé à l’agneau et au bœuf accompagné de petits légumes et de pain norvégien traditionnel. Suit du porc mariné à l’aquavit pour terminer avec une crème à l’orge et aux raisins imbibés de rhum. Pas mal, pas mal…
Le bateau qui tanguait depuis un bon moment s’est enfin résolu à une marche plus stable.
Le prochain arrêt se déroule à Molde. Nous assistons une dernière fois à un ballet bien réglé de charriots élévateurs. Pas de temps perdu pour emplir les soutes du navire avec les palettes rangées sur le quai.

Le dernier charriot sorti, le bateau s’éloigne sans tarder du port. La neige et la pluie mêlées choisissent ce moment pour s’abattre sur le pont.
Retraite prudente vers la cabine où nous allons passer notre dernière nuit à bord.

Dernier jour.
A Florø, le Vesterålen a une demie heure de retard. Ce qui nous inquiète un peu, notre avion n’attendra pas. Nous avons cependant toute la journée pour rattraper le temps perdu. Nous nous sommes levés à 7h45 et avons entrepris le rangement de la cabine. Nous nous sommes ensuite dirigés vers le restaurant, pris possession de « notre table » à l’avant du bateau et savouré notre dernier petit-déjeuner à bord.
Depuis plusieurs matins, je me suis mis au fromage norvégien, le Brunost, que je badigeonne de confiture de fruits rouges. Ai-je définitivement perdu la boule ?
Qui l’eut cru ! Finalement, c’est bon.
Comme quoi il faut dépasser ses préjugés. Ce matin, j’ai en plus sauté le pas et pris un petit-déjeuner local avec hareng mariné et autres poissons  à la norvégienne. Exotique mais agréable.
Nous redescendons terminer les bagages. Nous peinons à fermer la valise.
Ce matin, le navire bouge beaucoup et comme nous sommes à quatre pattes pour faire les bagages, nous commençons à ressentir une vague nausée. Après avoir vérifié que la cabine était bien vide, nous posons les bagages dans le couloir où l’équipage les prendra pour les mener à terre à Bergen.

Nous remontons dans le salon des Trolls à l’avant du bateau. Il fait beau et les paysages sont splendides et différents des autres jours. C’est une suite d’ilots, d’iles et de rochers à perte de vue. Le navire se fraye un chemin dans ce dédale d’écueils et de balises qui marquent d’étroits chenaux.


Certaines de ces iles isolées sont habitées. Parfois une seule maison se dessine sur l’horizon de ces frêles esquifs de pierre bas sur l’eau. D’autres fois plusieurs maisons se blottissent au creux d’une petite anse ou à quelque distance du rivage.
De quoi vivent ces habitants ? Quel est leur mode de vie en des endroits aussi isolés ?
Une très belle éminence rocheuse me fait penser à un cap loin de tout. Le navire fait route droit dessus pour s’en écarter au dernier moment.
Nous déjeunons à notre table fétiche, la 18, à l’avant du bateau. C’est à cet endroit que la vue est la meilleure.
Ce paysage marin fantastique, dans le sens qu’il parle à l’imaginaire. Ces iles me font penser au roman de Henning Mankell, « Profondeurs ». La même vie dure et fruste que celle qu’il décrit a dû s’y dérouler. Qu’en est-il aujourd’hui ?
En vue de Bergen, le temps se dégrade soudain. La pluie s’invite comme pour nous aider à moins regretter la fin du voyage. « Voyez comme il fait mauvais ici » semble-t-elle nous dire. La côte disparaît par moment dans une grisaille de pluie et de neige mêlées.

Le vent se met à souffler et l’averse bat les vitres avant du bateau. Nous croisons, qui l’eut cru, un sous-marin qui navigue en surface. Les côtes se couvrent de maisons. Pas de doute nous retournons à la civilisation.


Un navire Hurtigruten vient à notre rencontre, le Finnmarken, avant que notre navire ne manœuvre pour se mettre à quai à Bergen.

Notre bateau exécute une belle marche arrière pour se ranger le long du quai d’où nous sommes partis il y a…une éternité me semble t-il.
Je contemple, un peu attristé, le déploiement de la passerelle qui va bientôt nous permettre de regagner notre point de départ.
Les membres d’équipage chargés de l’animation et de l’accueil durant le voyage sont devant la passerelle pour saluer les passagers. Voilà, c’est fini.
Pour nous souhaiter bonne route le Tour Leader nous accompagne jusque dans le car qui nous attend devant le terminal .
De 4° sur le bateau, la température est remontée à 9° en ville. Et bien entendu, il pleut. C’est donc uniquement sous la pluie que nous aurons connu Bergen. A croire que la pluie fait partie du patrimoine culturel de la ville.

A l’aéroport nous faisons enregistrer nos bagages.
Embarquement au milieu de nombreux voyageurs.
Il fait nuit lorsque les roues de l’avion quittent le sol norvégien. Le vol s’est déroulé sans problème jusqu’à Amsterdam.
L’aérodrome est tellement gigantesque que nous avons roulé sur le tarmac un bon moment avant d’accéder à notre porte de débarquement. Roxane nous dit « Normal, c’est la plus grand aéroport d’Europe ».
A l’intérieur tout est en démesure. Il y a des boutiques partout. Roxane nous (re)dit « Normal, c’est la plus grand aéroport d’Europe ».


Le vol jusqu’à Genève est sans histoire.
Là, nous retrouvons Jérôme.
Il me fait penser à Michael Collins, le troisième homme de la première mission lunaire. Jamais dans la lumière, le rôle ingrat de gardien, mais dont le rôle est crucial.
Sans Jérôme pour garder la ménagerie, ou plutôt les ménageries, pas de voyage possible.
Et c’est avec une grande joie que nous le retrouvons.
Maintenant il va falloir lui faire le récit de nos aventures.

ÉPILOGUE.

Notre vie a doucement repris son cours.
Pendant quelques jours encore, les mouvements du bateau se sont fait sentir. Un léger basculement semblable au roulis perdurait au moment de franchir les portes.
La verticalité se refusait à nous.
Le plus dur fut de renoncer à ce qui avait fait le grand charme de ce voyage, notre cohabitation à trois.
Le navire était devenu notre terrain de jeu, la contemplation notre activité principale.
Le bateau, lieu certes clos mais aussi un peu irréel, devenait pour nous trois un condensé du monde.
Son rythme nonchalant, l’enchantement de vivre à la lisière de trois éléments, l’eau, l’air et la terre, tout a contribué à une expérience hors du temps et de l’espace, détachée des vicissitudes du quotidien.
La découverte des terres septentrionales, de la Norvège et de l’arctique a été un émerveillement.

 

Photos: Roxane, Patrick.