Du 31.01 au 01.02.

Lever à 7h45. Nous ne sommes que trois au petit déjeuner. Roxane est encore dans les limbes et dans sa couchette. Voilà le résultat de nuits d’enfer à la recherche des aurores boréales.
Nous sommes en approche de Harstad dans les Vesterålen.
Il a neigé cette nuit et le pont du bateau a du être dégagé.
Peu après Harstad nous pénétrons dans le Risøyrenna, un chenal creusé pour permettre aux navire Hurtigruten de naviguer.
Nous longeons les balises de très près. Les paysages sont toujours grandioses avec ces montagnes enneigées qui se précipitent dans la mer.

Nous atteignons Sortland pour le déjeuner du midi.
Après une courte navigation d’un peu plus d’une heure sous un ciel maussade nous entrons dans le port de Stokmarknes.

Il y a là le musée Hurtigruten. Le musée est annoncé gratuit pour les passagers mais arrivés à l’accueil, surprise! il faut payer 50 Couronnes Norvégiennes (50NK). Nous entrons tout de même en râlant un peu (sport qui, quoiqu’on en pense, n’est pas typiquement français vu les protestations générales) plus pour le principe que pour le prix.

Nous visitons, mais au pas de charge vu le peu de temps de l’escale : une heure.
Dommage car le musée est intéressant, mais la gratuité serait la moindre des choses puisque les passagers ne disposent pas d’assez de temps d’escale pour visiter correctement (on ne va pas non plus en faire tout un fromage). Maquettes, matériels de navigation aujourd’hui obsolètes, ancien bateau de la ligne à présent en cale sèche méritent mieux que cette visite trop rapide.
Retour au navire qui à présent navigue dans le Raftsund, un passage particulièrement étroit. Les rochers du rivage se trouvent à un jet de pierre de chaque côté du bateau.

Au ras des rochers.

Vraiment impressionnant et très joli.
Le ciel, couvert depuis le matin, se dégage à notre arrivée à Svolvaer, c’est à dire à la nuit. Nous montons sur le pont Roxane et moi. Nous assistons au tout début d’une aurore boréale. Roxane redescend chercher Dany et nous jouissons tous les trois d’un spectacle splendide. Nous sommes seuls. L’aurore se déploie soudain en lumières d’une rare intensité.
Draperie céleste faite de gaze et de joyaux, la volute ondule rapidement, se pare de vert, de jaune et de raies rouges. Un souffle géant soudain dérobe la belle à nos yeux et la disperse dans l’obscurité du ciel.
Le tout n’aura duré que quelques dizaines de secondes, et nous laisse éberlués et pantois.

Nous faisons un petit tour en ville et sur le port. La chaussée est toujours aussi verglacée qu’à l’aller mais cette fois-ci nous avons des crampons.
Ce soir le dîner est retardé vers 20 heures afin d’attendre les passagers partis en excursion dans un village des pêcheurs.
Après le repas, Roxane monte fumer sa cigarette. Il est 22 heures au moment où le haut-parleur crache etc. etc. Montée sur le pont pour admirer encore un aurore qui joue à cache cache avec les nuages. Elle se déroule au zénith avec quelques belles couleurs et ondulations et finie voilée par les nuage. Carte photo en panne et bateau qui roule interdisent toute photo. Ça sera tout pour ce soir.
Pas tout à fait ! Nous tentons de regagner notre cabine sur un bateau qui danse en tous sens. Une rafale soudaine nous gifle et nous souffle de la neige glacée au visage.
Nous sommes tous les trois courbés pour lutter contre ce vent qui ne faiblit pas et la neige qui redouble d’intensité.
La descente des escaliers pour gagner le pont inférieur est une épreuve d’équilibrisme à haut risque. Nous nous accrochons les uns aux autres secoués autant par la tempête que par nos éclats de rire devant une situation si cocasse. Finalement après une progression pénible, nous atteignons une porte salvatrice qui donne sur l’intérieur. Enfin au chaud et à l’abri.
A présent, au lit tout le monde, bercé par un navire agité de soubresauts.

Lever à 8 heures. Après le petit déjeuner nous déambulons à travers les coursives internes jusqu’au pont F, à l’arrière où nous assistons à la levée du drapeau norvégien.

Il nous aura fallu un peu de temps pour nous retrouver dans la labyrinthe du navire.
Couloirs, ponts, sorties et salons n’ont aujourd’hui plus aucun secret pour nous.
Notre cabine se trouve sur le pont C, juste en face de la réception. Réception tenue par un personnel souriant et bienveillant. Nous avons beau savoir qu’il s’agit de commerce (mais aussi de savoir vivre), les sourires sont toujours agréables à recevoir.
Nous allons maintenant traverser le cercle Arctique en sens inverse et quitter une zone qui nous aura ravi.
Une petite cérémonie est organisée sur le pont. En échange d’une petite cuiller d’huile de foie de morue (pouah!), nous recevons une petite cuiller en métal argenté gravée « Hurtigruten- I did the Arctic- hunting the light ».
Nous nous prêtons au jeu et avalons l’huile proposée avec de grands éclats de rire par l’équipage (re-pouah, pas l’équipage, l’huile).


Une petite ile sur laquelle est érigé un globe, symbolise la limite du fameux cercle. Le temps est exécrable, il neige et la température n’excède pas le zéro degré. La visibilité est très faible.
Les petites escales se suivent avec leurs passagers norvégiens qui prennent le bateau comme nous prenons le train, sans plus d’émotion.
Le reste de la journée s’écoule de façon assez morne. Les grains succèdent aux grains.

Nous avons quitté les régions arctiques à regret.
Nous passons au large des sept sœurs, un groupe de sept sommets, en partie cachées par les nuages. Mais le spectacle est tout de même beau.
Nous assistons encore une fois aux travaux de l’équipage. il s’agit aujourd’hui des vérifications et entretien des canots de sauvetage.
Avec E. nous faisons quelques dernières photos. C’est son ultime jour de croisière, demain il reprend l’avion pour Paris à Trondheim.
En milieu d’après-midi nous accostons à Brønnøysund. Nous faisons encore quelques photos malgré l’obscurité qui s’étend peu à peu. Le résultat est…mouais. Au départ du navire, à 17 heures, il fait presque nuit.

Lorsque nous arrivons au restaurant. Nous sommes accueillis par le personnel en grande tenue qui nous propose un apéritif dès l’entrée, vin blanc ou jus de fruit au choix. Le capitaine et ses seconds sont là, en uniformes. L’animateur du bord fait un discours auquel je ne comprend pas un traître mot mais qui doit être drôle puisque tout le monde s’esclaffe.
Quelque passagers se font photographier près du capitaine et de ses officiers.
Tout le monde trinque « Skoll » .
Le repas est tranquille et nous nous donnons rendez-vous demain à 7h15 pour un dernier petit déjeuner ensemble.