Du 29.01 au 30.01.

Après l’inoubliable journée d’hier, celle qui débutait promettait de ne pas être mal non plus.

Je me réveille à Vardø, le point le plus à l’est de la Norvège. Il est 3h20. C’est une ambiance étrange que celle de ces petits ports déserts à ces heures.
J’aime ces escales nocturnes. Tout est silence. A peine le ronronnement des machines se fait-il encore entendre dans la cabine. Roxane et Dany dorment. Dehors des hommes ou des femmes s’activent dans le froid et la nuit. De la buée s’extrait de leurs bouches.

Ils sont peu nombreux, juste ceux indispensables au service.
Quelques marchandises sont débarquées ou embarquées.
Il y a dans ces moments une grande impression de sérénité. La nuit, l’obscurité et le silence qui règne dans notre petit habitacle, tout concourt à une ambiance paisible. Dehors, les gestes des personnes qui travaillent sur le quai sont mesurés, réduits aux exigences de la tâche à accomplir.

Photo pas très nette à travers le hublot. Et puis, 3h20 tout de même…

Quelques paroles sont échangées entre l’équipage et ces personnels du port.
Enfin, le ronronnement des machines se fait entendre. Le bateau s’écarte du bord, le quai défile lentement, les lumières s’estompent dans la nuit. Nous sommes de nouveau en mer. Par le hublot au dessus de mon lit je vois l’écume provoquée par l’étrave du Vesterålen qui se fraye une route dans la nuit. Ce sont exactement ces moments que je suis venu chercher.
Réveil pour tout le monde alors que l’express côtier relâche à Vadsø. Il fait bien entendu encore nuit à 6h45.
Nous prenons notre petit déjeuner en compagnie d’E. .
Nous naviguons à présent en mer de Barents. Encore un nom qui fait rêver. Là, nous sommes réellement loin dans l’arctique. Le temps est très clair. Du moins lorsque nous apercevons le ciel à travers les lambeaux de brume qui l’obscurcissent . La mer fume d’une manière prodigieuse comme de la vapeur qui émanerait d’une marmite géante.

Le thermomètre du bord marque -6°. Le spectacle est captivant.
Comme souvent, par endroit, nous longeons la terre de chaque côté du navire. Kirkenes est en vue. Le thermomètre continue sa descente. -8°.
Kirkenes est l’ultime escale du Vesteralen dans le sens sud-nord.
Six heures d’escale et nous redescendrons vers Bergen. Mais nous n’en sommes pas là. Descendus du bateau nous avisons le bus qui doit nous mener en ville. Pour une raison que nous ne comprenons pas bien, le trajet est gratuit. Panne du matériel, pas de monnaie ???
Nous tombons immédiatement sous le charme de la ville. Tout le paysage est recouvert de neige. Routes, maisons, port… tout est d’un blanc quasi immaculé. Les rues sont semées de petites maisons multicolores avec leurs fenêtres décorées et leurs lampes allumées.

Les indications de direction et les noms de rues sont sous-titrés en russe.

Nous ne sommes qu’à une quinzaine de kilomètres de la frontière russe.

D’accord, tout le monde la fait celle là.

Le port abrite de nombreux bateaux de pèche russes qui y font escale. Nous nous baguenaudons dans les rues, sensibles à tout ce que nous voyons. La circulation, aussi bien à pieds qu’en automobile est réduite. Justement, une auto fait le plein… d’électricité son moteur tournant au ralenti .

Nous rentrons à pieds vers le port en traversant une petite zone résidentielle. Le froid se fait à présent plus mordant. Les mouchoirs en papier  gèlent dans les poches, les doigts piquent dans les gants, la barbe commence elle aussi à geler.
La mer se situe un peu en contre-bas. L’eau est gelée sur les bords et des plaques de glace flottent dans le port.

Retour au bateau non sans avoir regardé les chalutiers russes et leurs marins qui s’activent autour des navires.
Le thermomètre flirte avec les -14°.

Tout gèle sur la bateau, le sol, les rambardes, les parois, les escaliers. Malgré tout le froid est très supportable pour peu que l’on soit bien, et même très bien, habillé.
Nous repartons en laissant Kirkenes. Nous regrettons déjà la ville. Non qu’elle soit particulièrement belle, mais il en émane un charme indéfinissable.
Kirkenes s’éloigne doucement et nous parcourons de nouveau les immensités de la mer de Bartents. Encore un mystère que l’attirance qu’exerce sur nous cette mer. Il s’en dégage une magie indicible. Juste au dessus il n’y a que le Svalbard et le pôle Nord.
Nous reprenons la route vers le sud à contre cœur. Ce n’est déjà plus tout à fait la même ambiance. De nombreux passagers sont descendus à l’escale prendre l’avion du retour.
A 15h45 nous sommes de retour à Vardø. Il fait nuit noire.
Je vais me promener en ville faire des photos des fenêtres éclairées des maisons. Une tradition norvégienne.
Nous prenons un moment pour nous reposer dans le salon arrière. Pose très brève puisque à peine installés, le haut parleur du bord annonce « Nordlys ».
Tout le monde se rue dehors espérant apercevoir une belle aurore. Hélas celle-si est bien faible. Nous commençons à devenir chichiteux. Il y a huit jours, nous aurions sauté de joie.
Je fais tout de même quelques photos.
Nous dinons pendant la halte de Batsfjord. La température est de -5° et le vent souffle en rafales. Il y a beaucoup de travail autour du bateau.
Après le repas nous allons observer la ronde des « manitous » qui chargent et déchargent le navire. Il y a quantité de matériel à embarquer et le bateau prend du retard.
Je vais m’installer un moment dans la salon avant, le salon des Trolls. J’y suis depuis une minute lorsque… « Northern lights ». Et c’est reparti ! Je croise Roxane et Dany déjà prêtes et qui montent sur le pont. Le temps de m’habiller et je passe sur l’arrière du bateau où il n’y a…personne.C’est à l’avant que ça se passe.
Lorsque j’arrive à l’avant du bateau, l’aurore est là mais ni Dany ni Roxane n’y sont. Je repars vers l’arrière, croise Roxane qui me cherche, retourne à l’avant en sa compagnie où Dany s’y trouve déjà et nous regardons l’aurore qui n’est visible que de l’avant (vous suivez les déplacements?). Mais bientôt, toute trace disparait.
Nous guettons un instant, dans le vent glacial qui nous gèle le visage. Le ciel restant obstinément noir, nous nous réfugions à l’intérieur.
En résumé, des dizaines de mètres de coursives parcourues et à l’arrivée, pas vu grand-chose.
Nous remontons ensuite sur le pont Roxane et moi et les lumières du ciel ont repris de la force.
Photos. Roxane redescend chercher sa mère et lorsqu’elles remonte, plus rien. L’aurore a été comme soufflée et a complètement disparue. Maintenant. Au lit.
A travers le hublot je distingue quelques faibles lueurs vertes, mais pas question de me relever.

Ce matin nous sommes dans la tempête. Vent force 10 sur l’échelle de Beaufort, c’est à dire vents autour de 100 kilomètre/ heure.
Ça décoiffe sévère et le pont est désert nous mis à part. C’est vrai que nous squattons les ponts depuis le départ. A l’exception des fumeuses et fumeurs qui ne peuvent satisfaire leur vice qu’ici (et encore à des endroits rigoureusement définis), il n’y a pas grand monde sur les ponts. Même les aurores boréales ne font plus autant recette qu’au début.
La mer moutonne et blanchit, le bateau gîte mais ne bouge pas énormément.  Les éclairages sont étranges, les nuages courent au dessus de nous, le vent se déchaîne par moments.

Vraiment impressionnant. Nous redescendons dans la cabine où une surprise nous attend. Sur la poignée de la porte de la cabine nous attendent trois certificats indiquant que nous avons affronté une tempête de 10 Beaufort. Eh ben…
Arrivée à Hammerfest sur le coup des 11 heures. Nous avons quartier libre jusqu’à 12h45. Nous allons visiter le musée de l’ours polaire situé sur le port.
Nous chaussons ensuite nos crampons pour aller faire un petit tour dans la zone portuaire.
Hammerfest se targue d’être la « ville la plus au nord du monde, 70°39′48″ Nord ». En fait, il faudrait se mettre d’accord sur le mot « ville ». Il y d’autres localités habités plus au nord. Sont-elles des villes ? Là est la question.
Le port n’est pas désagréable à voir même si la ville, à l’instar d’à peu près toute ces ville côtières n’est pas vraiment jolie. Elle fut elle aussi réduite en cendres par les troupes nazies.
Nous reprenons la mer pendant le repas. Une mer toujours agitée par les vents.
Une petite sieste réparatrice est la bienvenue (sous les sarcasmes de Roxane), la fatigue commence à se faire sentir suite aux réveils intempestifs des nuits d’aurores boréales.
Nous empruntons un passage en mer libre alors que fort heureusement le vent est un peu tombé. La plus grande partie de le navigation se déroule entre le foisonnement d’iles qui caractérise la côte norvégienne. C’est donc une succession de fjords, d’iles et de passages étroits.
De temps à autre le navire se trouve en pleine mer. Et nous passons de zones relativement abritées à des étendues de mer ouverte à tous les vents. Le thermomètre oscille toujours entre le zéro et des températures négatives.
Et peu après le repas…« Northern lights » !!! Ça y est ça recommence.
Tout le monde sur le pont. Où ça ? Où ça ? Où ça ?
Nous passons un grand moment sur le pont arrière, en plein vent, frigorifiés. Une folie ! Nous assistons à une heure d’aurores boréales. Photos, photos, photos…
Au bout d’une heure nous regagnons la cabine au moment où nous nous amarrons aux quais de Tromso. Il est presque minuit. Toute l’équipe est un peu fatiguée. Mais NOUS IRONS JUSQU’AU BOUT ! Qu’on se le dise.
Roxane est penchée en permanence sur son portable qui lui affiche la probabilité de voir des aurores annonce « A minuit ça monte » . Bien content de l’apprendre, minuit nous y sommes quasiment. « Presqu’à deux » renchérit-elle.
Encore un nuit courte en perspective ?